Maladie de Crohn

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La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire rare qui peut toucher tous les organes digestifs de la bouche à l'anus, mais souvent localisée à l'iléon terminal et au côlon. La première crise survient souvent entre 20 et 30 ans, puis de nouvelles crises se produisent après des rémissions de durée variable.

La maladie de Crohn est regroupée avec la rectocolite hémorragique dans la famille des MICI (maladies inflammatoires chroniques de l'intestin).

Causes de la maladie de Crohn

Facteurs de risque

Les causes précises de l'inflammation de la maladie de Crohn ne sont pas connues, mais plusieurs facteurs sont identifiés :

  • un facteur génétique, avec un risque relatif multiplié par 5 dans certaines familles ;
  • un facteur environnemental, avec une plus grande fréquence dans le mode de vie occidental même quand il est adopté par des populations migrantes en raison de la rupture de la barrière intestinale ou « leaky-gut syndrome » (le rôle des excès de protéines animales a été évoqué, mais aussi celui des sucres raffinés, des aliments transformés et des acides gras saturés) ;
  • un facteur immunitaire, avec le rôle déclenchant habituel d'une infection digestive virale ou bactérienne, une modification de la flore intestinale (dysbiose intestinale) et le probable désordre immunitaire qui en résulte ;
  • un traitement immunosuppresseur (anti-TNF alpha) puisqu'une étude montre que, chez les patients porteurs d'une maladie auto-immune traités par inhibiteurs d’IL-17, on observe davantage de maladies de Crohn (mais aussi de colites, de rectocolite hémorragique – MICI) ou d’exacerbations de la maladie, notamment dans les six premiers mois qui suivent la mise en place du traitement ;
  • les traitements antibiotiques utilisés pour soigner les maladies gastro-intestinales favorisent l'apparition des MICI dans les deux ans, notamment chez les personnes de 40 ans et plus (les nitroimidazoles et les fluoroquinolones sont les plus pointés du doigt).

Tabac

Toutefois, le tabac (indépendamment de la quantité consommée) est le seul facteur favorisant clairement identifié :

  • il double le risque de maladie de Crohn ;
  • il augmente le nombre de poussées et leur intensité ;
  • il augmente le nombre de complications et ce, même si la consommation est faible (moins de 10 cigarettes par jour).

Ainsi, les personnes fumeuses auront besoin d'un traitement beaucoup plus lourd qui fera appel à des immunosuppresseurs. Par ailleurs, le risque de récidive après une opération chirurgicale est lui aussi augmenté. En revanche, en cas d'arrêt du tabac, les effets bénéfiques sont visibles dès la première année avec :

  • une réduction des poussées inflammatoires ;
  • un risque de récidive suite à une intervention chirurgicale divisé par deux.
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Signes de la maladie de Crohn

Chaque poussée inflammatoire se traduit par :

  • des douleurs abdominales, souvent diffuses et d'intensité variable ;
  • une diarrhée permanente, glaireuse ou sanglante ;
  • parfois l'émission de sang par l'anus, des lésions anales diverses ;
  • des douleurs articulaires ;
  • une fièvre ;
  • une fatigue et une perte de poids.

La maladie de Crohn se révèle parfois par des troubles non digestifs :

  • rhumatismes inflammatoires ankylosants ;
  • érythème noueux et autres pathologies cutanées ;
  • uvéite, souvent confondue avec une conjonctivite allergique ou infectieuse ;
  • aphtes buccaux.

Évolution de la maladie de Crohn

Les crises sont séparées par des périodes de rémission plus ou moins complète. D'intensité variable, elles surviennent à une fréquence imprévisible.

Il existe de nombreuses complications à cette maladie, en particulier aux crises qui y sont liées :

Attention : les crises les plus fortes imposent une hospitalisation.

Par ailleurs, il a été mis en évidence que les personnes atteintes de la maladie de Crohn voient leurs performances cognitives diminuées de 10 %. Ainsi, elles éprouvent des difficultés à se concentrer et souffrent de pertes de mémoire. Cette altération cognitive est généralement corrélée à un des quatre symptômes suivants : douleurs abdominales, fatigue, taux sanguin de CRP et hémoglobinémie. Inversement, un taux élevé de calprotectine fécale est associé à de meilleures fonctions cérébrales.

À noter : les patients touchés par la maladie de Crohn (et par la rectocolite hémorragique) auraient 28 % de risques en plus de développer la maladie de Parkinson.

De plus, selon une étude, les porteurs de maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI) telle que la maladie de Crohn auraient davantage de cancers de la prostate que la population générale.

Enfin, selon une étude nationale de cohorte, le taux de prématurité, de petit poids de naissance, de césariennes et d’hospitalisations est accru chez les femmes avec une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI) et tout particulièrement en cas de maladie de Crohn, le danger étant majoré en cas de maladie active. À noter que l’activité de la maladie de Crohn décroissait au cours de la grossesse pour revenir à son niveau antérieur après l’accouchement.

Examens pour cette maladie

La coloscopie est l'examen de référence pour les localisations coliques de la maladie de Crohn. Elle permet d'effecteur des biopsies dont l'examen au microscope montre des lésions inflammatoires. L'entéroscopie par capsule vidéo a désormais remplacé l'examen radiologique dans les formes localisées à l'intestin grêle.

D'autres examens sanguins ou radiologiques sont réalisés en fonction des signes observés par le médecin.

Traitement de la maladie de Crohn

Un accompagnement diététique et nutritionnel, dès le diagnostic de la maladie et tout au long de celle-ci, et notamment lors des modifications de l’alimentation en cas de poussée inflammatoire et du retour à une alimentation plus diversifiée est jugé tout à fait essentiel.

Source : Hébuterne X et al. Nutrition anti-inflammatoire et MICI : que dire à nos patients ? Nutr clin métab (2019), https://doi.org/10.1016/j.nupar.2019.02.003

Les médicaments

Le traitement des formes légères repose sur les médicaments de la famille des 5-ASA, dérivés des salicylés (proches de l'aspirine), dont la salazopyrine est le chef de file. Les formes ou les poussées plus sévères sont traitées par les corticoïdes dérivés de la cortisone.

Les formes sévères et rebelles aux corticoïdes sont traitées par des médicaments de l'immunité :

  • immunosuppresseurs (Imurel® le plus souvent), qui inhibent les réactions inflammatoires (en revanche, la prise d’un immunosuppresseur était associée à un risque doublé d’atteinte extra-intestinale) ;
  • et les très récents :
    • agents anti-TNF-alpha, qui inhibent un facteur majeur de l'inflammation, notamment l'infliximab (mais qui sont associés à un risque de survenue de lymphome multiplié par 2 à 3),
    • anti-intégrines, qui ciblent la migration des lymphocytes vers la muqueuse intestinale,
    • anticorps monoclonal anti-interleukine 12/23 (ustekinumab : Uzpruvo® pour lequel l’Agence européenne des médicaments a rendu un avis positif en décembre 2023),
    • médicament biosimilaire Amsparity® (adalimumab) qui a reçu une approbation du Comité des médicaments à usage humain de l’Agence européenne des médicaments (l’administration une semaine sur deux d’adalimumab 40 mg pourrait réduire la fatigue chez les sujets ayant une maladie de Crohn modérément sévère à sévère mais le niveau de preuve reste faible).

Bon à savoir : les anti-TNF pourraient se révéler moins efficaces chez les sujets obèses. On constate également que 40 % des patients rechutent dans les 2 ans, en revanche la rémission intervient dans 96 % des cas dès la reprise de l’anti-TNF.

Nouvellement apparu, le filgotinib est un traitement inhibiteur spécifique de Janus kinase de type 1 (JAK1) qui joue un rôle clé dans l’activité de certaines cytokines pro-inflammatoires. Administré par voie orale, il permet de soigner 47 % des patients (le double d'un placebo), notamment chez les patients qui n'ont jamais été traités par anti-TNF-alpha.

Attention : les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène, naproxène, aspirine) sont contre-indiqués chez les malades du Crohn car ils peuvent déclencher ou aggraver une poussée.

L'homéopathie en fonction des symptômes

L'homéopathie peut également se révéler très efficace pour soulager les symptômes de la maladie de Crohn.

Les granules à utiliser dépendent des symptômes à traiter et ils sont à prendre à raison de 3 granules trois fois par jour, sachant que le remède homéopathique de base est Mercurius corrosivus en 5 CH (en particulier en cas d'inflammation avec envies de déféquer douloureuses sans amélioration par l'évacuation d'une selle et/ou des selles chaudes, contenant du mucus, purulentes et sanglantes).

  • Arsenicum album en 9 CH convient en cas de diarrhées brûlantes (4 à 10 par jour), sanguinolentes, putrides, avec une inflammation cutanée de la zone anale.
  • China rubra en 7 CH si des diarrhées teintées de sang restent indolores mais s'accompagnent de gaz ainsi que d'une anémie (se traduisant par une pâleur, un épuisement) et d'une soif importante.
  • Mercurius vivus en 7 CH est à utiliser chez les personnes qui présentent des diarrhées verdâtres ou sanguinolentes, avec ténesme important et sensation de ne jamais parvenir à tout expulser (avec bien souvent une aggravation la nuit, ainsi qu'au printemps et à l'automne). On retrouve par ailleurs une langue jaunâtre, gardant l'empreinte des dents.
  • Nitricum acidum en 7 CH en cas de diarrhées chroniques et irritantes, visqueuses, de ténesme avec des douleurs persistant après la selle. On peut aussi retrouver des hémorragies et des fissures anales soulagées par les applications chaudes.
  • Veratrum album en 7 CH constitue un remède en cas de crise avec vomissements, diarrhées, sensation de froid intense avec sueurs froides, de selles fréquentes, abondantes et explosives, voire de fièvre.

Bon à savoir : l’acupuncture durant 8 semaines pourrait réduire fortement la fatigue et améliorer la qualité de vie des malades.

Phytothérapie et aromathérapie comme solutions naturelles

Sans prétendre guérir la maladie, certaines plantes peuvent aider à calmer les inflammations intestinales et les diarrhées violentes. On préconise dans ce cas d'avoir recours à l'achillée, à la matricaire, au grand plantain, aux myrtilles séchées ou aux airelles ou encore à la salicaire, au trèfle ou à la racine de bistorte. Certaines plantes sont également tout indiquées en cas de gaz dus à la fermentation des sucres dans le côlon : la badiane, la camomille noble, le basilic, la menthe poivrée, le thym ou encore la réglisse.

Pour ce qui est des huiles essentielles, on les utilise pour leurs propriétés anti­-inflammatoires, antispasmodiques et/ou hémostatiques. Deux préparations à commander en pharmacie peuvent être intéressantes :

  • un mélange d'huiles essentielles :
    • de sarriette des montagnes – Satureja montana (3 ml),
    • de litsée citronnée – Litsea citrata (3 ml),
    • de  verveine citronnelle – Lippia citriodora (2 ml),
    • et 15 ml d'huile végétale de rose musquée à utiliser à raison de 10 gouttes appliquées deux à trois fois par jour sur l’abdomen et le long de la colonne vertébrale ;
  • une gélule des huiles essentielles suivantes :
    • HE d'origan compact 60 mg,
    • HE de verveine citronnée 15 mg,
    • HE de basilic exotique (Ocimum basilicum ssp basilicum) 25 mg à prendre trois fois par jour avant les repas.

On peut aussi utiliser les HE de laurier (Laurus nobilis) ou de coriandre (Coriandrum sativum) pour lutter contre les gaz malodorants.

Plus généralement, pour rééquilibrer la flore intestinale, mélangez dans un flacon de 50 ml :

  • 12 gouttes d’HE d'orange douce (Citrus sinensis) ;
  • 12 gouttes d’HE de géranium Bourbon (Pelargonium graveolens cv Bourbon) ;
  • 12 gouttes d’HE de sapin baumier (Abies balsamea) ;
  • complétez avec de l'huile végétale d'amande douce.

Appliquez quelques millilitres sur le bas-ventre en massant dans le sens des aiguilles d'une montre.

Attention : les huiles essentielles sont contre-indiquées chez la femme enceinte ou allaitante, la personne épileptique ou asthmatique ainsi que chez les jeunes enfants et les personnes âgées sous traitement médicamenteux (évitez également en cas de maladies féminines hormonales).

Le régime

L'alimentation doit exclure les aliments, différents selon les malades, qui ont déjà provoqué ou aggravé une crise. Il s'agit le plus souvent de la viande rouge, des produits laitiers, des céréales (celles qui contiennent du gluten notamment), de certains légumes.

La prise de deux fruits par jour à 10 h et 17 h permet d’éviter la fermentation alcoolique déclenchée s'ils sont mangés en fin de repas.

  • Pendant les crises, l'apport de fibres végétales (fruits, légumes, céréales complètes) est réduit autant que possible pour ne pas irriter la muqueuse intestinale. Pendant les traitements par corticoïdes mais aussi de façon plus générale, il est aussi recommandé de limiter :
    • l'apport en sucre (y compris les jus de fruits) très riches en glucose et tous les sucres raffinés ainsi que le pain blanc,
    • le sel et le poivre.
  • En période de rémission, il est généralement conseillé d'éviter les légumes secs, les choux, les salsifis, les fromages fermentés, les poissons fumés, les épices et l'alcool (vins, apéritifs et bières). Il faut également entamer un sevrage tabagique.

Bon à savoir : le régime Seignalet, qui reprend en partie ces mêmes principes et conseille de consommer les aliments crus (issus de l'agriculture biologique de préférence) et les huiles vierges (olive, colza...) de première pression à froid, améliore l’évolution de la maladie et parfois la fait même disparaître.

À noter : les patients qui arrêtent de fumer ont deux fois plus de chance de voir disparaître leurs atteintes extra-intestinales si elles existent.

Compléments alimentaires pour calmer les symptômes

Si on souhaite rester dans le domaine des médecines douces pour contrôler au jour le jour la maladie de Crohn, certains compléments alimentaires (ou aliments) peuvent être intéressants :

  • le curcuma, reconnu pour ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires et qui agira directement sur les intestins ;
  • le safran qui agit sur le microbiote intestinal et va limiter les douleurs des MICI ;
  • les oméga­-3 (des études montrent qu'une alimentation riche en acide gras poly-insaturés oméga-3 diminue le risque de développer une maladie de Crohn et une autre suggère que des conseils d’activité physique associés à la prise d’oméga 3 permettaient de réduire la fatigue) ;
  • les vitamines du groupe B (B9 et B12 notamment) et de la vitamine D ;
  • la vitamine K (pour son action anti­hémorragique) ;
  • les probiotiques indispensables pour créer ou régénérer la flore intestinale et à associer avec des prébiotiques si nécessaire ;
  • la chlorophylle avant le soir avant le coucher.

Tous ces produits peuvent se retrouver dans divers aliments ou sous forme de compléments alimentaires dans les magasins diététiques.

La chirurgie

Dans 50 % des cas, une intervention chirurgicale est nécessaire dans les 10 ans qui suivent le diagnostic.

L'ablation de segments de l'intestin ou du côlon s'impose parfois lors de poussées extrêmes qui résistent aux traitements ou devant une complication (occlusion, péritonite). Même après une opération, le risque de récidive existe. Il est particulièrement élevé chez les fumeurs.

À noter : seuls 10 % des patients traités par médicaments obtiennent une rémission clinique prolongée.

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